1908 |
Conforme au manuscrit. Source : Œuvres complètes, T. XIII, juin 1907-avril 1908. |
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Lénine
Préface à la brochure de Voïnov sur l’attitude du Parti à l’égard des syndicats
Novembre 1907
Une préface au projet de brochure de Voïnov (A. Lounatcharski) sur l'attitude du parti à l'égard des syndicats, écrite en novembre 1907. Au final, la brochure ne fût pas été publiée.
L'ouvrage du camarade Voïnov sur la question de l'attitude du parti socialiste du prolétariat à l'égard des syndicats peut donner lieu à un grand nombre de fausses interprétations. Cela pour deux raisons : premièrement, se laissant entraîner par la lutte contre ceux qui défendent des conceptions étroites et inexactes du marxisme, qui répugnent à tenir compte des besoins nouveaux du mouvement ouvrier et à prendre sur ce sujet des vues plus larges et plus profondes, l'auteur s'exprime souvent de façon par trop générale. Il s'attaque à l'orthodoxie — à l'orthodoxie entre guillemets, il est vrai, c'est-à-dire à la pseudo-orthodoxie — ou à la social-démocratie allemande en général, là où ses attaques visent en fait uniquement les vulgarisateurs de l'orthodoxie, uniquement l'aile opportuniste de la social-démocratie. Deuxièmement, l'auteur écrit pour un public russe, mais il ne tient guère compte des différentes nuances que peut prendre la formulation des questions qu'il analyse sur le plan de la Russie. Le point de vue de Voïnov est totalement différent de celui des syndicalistes, des mencheviks ou des socialistes-révolutionnaires russes. Mais le lecteur peu attentif ou peu scrupuleux pourra facilement s'accrocher à des phrases ou pensées isolées de Voïnov, profitant du fait que l'auteur a eu pour l'essentiel sous les yeux l'exemple des Français et des Italiens, et qu'il n'a pas pris la peine de se désolidariser des semeurs de confusion russes.
Comme modèle de ces derniers nous citerons par exemple les socialistes-révolutionnaires. Dans le n°5 du Znamia Trouda, ils déclarent avec leur désinvolture habituelle : « L'Internationale socialiste a approuvé les conceptions sur le mouvement syndical que nous (!) avons toujours (!) avancées. » Prenons le « Recueil d'articles » n°1 (1907), Éditions « Nacha Mysl » . M. Victor Tchernov y tance vertement Kautsky, tout en faisant le silence sur la résolution de Mannheim et la lutte de Kautsky contre les neutralistes opportunistes ! L'article de Kautsky auquel notre preux socialiste-révolutionnaire s'en prend a été écrit la veille de Mannheim [1]. Or, à Mannheim Kautsky s'opposa aux neutralistes. La résolution de Mannheim « porte un rude coup à la neutralité des syndicats » (expression de Kautsky dans son article sur le congrès de Mannheim, Neue Zeit [2], 6 octobre 1906). Et voici qu'apparaît en 1907 un critique qui veut faire le révolutionnaire et qui traite Kautsky de « grand inquisiteur et dogmatique du marxisme » , l'accusant – à l'unisson avec les neutralistes opportunistes ! – de rabaisser de façon tendancieuse le rôle des syndicats, de vouloir les « soumettre » au parti, etc. Si nous ajoutons à ceci que les socialistes-révolutionnaire se sont toujours prononcés pour le non-rattachement des syndicats au parti, et qu'on peut lire dans l'éditorial du n°2 du Znamia Trouda (12 juillet 1907) : « C'est en dehors du syndicat que doit se faire la propagande du parti » , nous aurons une image complète du révolutionnisme des socialistes-révolutionnaires.
Lorsque Kautsky menait la lutte contre le neutralisme opportuniste et développait plus à fond la théorie marxiste en orientant les syndicats vers la gauche, ces messieurs l'attaquaient avec acharnement, en reprenant les phrases opportunistes et en continuant à la dérobée à prôner le non-rattachement des syndicats au parti. Lorsque ce même Kautsky poussait les syndicats encore plus à gauche en amendant à Stuttgart la résolution de Beer et en y soulignant les tâches socialistes des trade-unions, messieurs les socialistes-révolutionnaires s'écriaient : « l'Internationale socialiste a approuvé notre point de vue ! »
On est en droit de se demander si de tels procédés sont dignes de membres de l'internationale socialiste. Une telle critique ne témoigne-t-elle pas de désinvolture et d'un manque de principes ?
Parmi les social-démocrates le modèle de désinvolture nous est fourni par l'ex-révolutionnaire Plékhanov que les libéraux tiennent en si grande estime. Dans sa préface à la brochure « Eux et nous » , il déclare avec une fatuité superbe et sans égale : la résolution de Stuttgart (sur les syndicats) complétée par mon amendement enlève toute signification à la résolution de Londres (Congrès de Londres du P.O.S.D.R.). En prenant connaissance de cette déclaration de notre splendide Narcisse, de nombreux lecteurs seraient probablement amenés à croire que la lutte à Stuttgart a tourné précisément autour de l'amendement de Plékhanov et que, de façon générale, cet amendement avait une portée assez sérieuse.
En fait, cet amendement (« il faut toujours avoir en vue l'unité de la lutte économique » ) n'avait aucune portée sérieuse, il ne se rapportait même pas au fond des questions litigieuses débattues à Stuttgart, au fond des dissensions qui existent au sein du socialisme international.
En fait, les transports de Plékhanov au sujet de « son » amendement ont une signification des plus vulgaires : il s’agit d'induire en erreur le lecteur en détournant son attention des questions véritablement litigieuses du mouvement syndical, de dissimuler la défaite de l'idée du neutralisme à Stuttgart.
Le congrès de Stockholm du P.O.S.D.R. (1906), qui a vu la victoire des mencheviks, s'était prononcé en faveur de la neutralité des syndicats. Mais le congrès de Londres a pris une autre position, puisqu'il a proclamé la nécessité d’œuvrer au rattachement des syndicats au parti. De son côté, le congrès international de Stuttgart a adopté une résolution qui « met fin pour toujours au neutralisme » comme l'a déclaré à juste titre Kautsky [a]. Plékhanov s'était rendu à la commission du congrès de Stuttgart pour défendre la neutralité ainsi que le raconte Voïnov de façon détaillée. Quant à Clara Zetkin, elle écrit dans Die Gleicheit, organe du mouvement ouvrier féminin d'Allemagne : « Plékhanov a essayé par des arguments assez malheureux de justifier une certaine limitation de ce principe » [b] (c'est-à-dire du principe d'un rapprochement très étroit entre les syndicats et le parti).
Ainsi, le principe de la neutralité dont Plékhanov s'était fait le défenseur a fait fiasco. Ses arguments sont considérés par les social-démocrates révolutionnaires allemands comme « malheureux » . Mais lui, en admiration devant soi-même, déclare : on a adopté « mon » amendement, donc la résolution de Londres perd tout son sens...
Oui, mais la désinvolture à la Nozdrev [3] de notre socialiste – que les libéraux tiennent en si grande estime – n'a rien perdu du sien, apparemment.
Le camarade Voïnov, à mon avis, n'a pas raison de dire que les orthodoxes allemands considèrent l'idée d'assaut comme nuisible, que l'orthodoxie « a pratiquement adopté l'esprit du nouvel économisme » . On ne saurait dire ceci à propos de Kautsky, et le camarade Voïnov lui-même reconnaît que les conceptions de Kautsky sont justes. Le camarade Voïnov, tout en reprochant aux Allemands de « ne pas assez parler du rôle des syndicats en tant qu'organisateurs de la production socialiste » , mentionne par ailleurs l'opinion de Liebknecht le père qui mettait ce rôle en relief dans les termes les plus frappants. C'est également à tort que le camarade Voïnov a ajouté foi aux dires de Plékhanov selon lequel c'est à dessein que Bebel s'est tu sur la révolution russe dans son allocution, que Bebel n'a pas voulu parler de la Russie. Ces dires de Plékhanov n'étaient que grossière bouffonnerie de la part de notre socialiste si estimé des libéraux, et il ne fallait pas les prendre un instant au sérieux ; il ne fallait même pas admettre la possibilité d'y trouver la moindre parcelle de vérité. De mon côté, je puis témoigner que pendant le discours de Bebel, Van Kol, représentant de l'aile droite des socialistes, qui était assis à côté de moi au bureau, tendait l'oreille pour savoir précisément si Bebel ferait mention de la Russie. Et dès que Bebel a eu terminé, Van Kol s'est tourné vers moi pour m'exprimer son étonnement ; pas plus que tous les membres sérieux du congrès, il ne mettait en doute le fait que c'est par hasard que Bebel avait oublié de parler de la Russie. Les meilleurs et les plus expérimentés des orateurs peuvent commettre des bévues, et c'est tout à fait injustement que le camarade Voïnov qualifie de « caractéristique » l'oubli du vieux Bebel. De même qu'il est totalement erroné de parler de « l'actuel » opportuniste Bebel. Aucune donnée ne permet de procéder à une telle généralisation.
Mais, afin de ne pas créer de malentendus, je dirai tout de suite que si quelqu'un essayait d'utiliser ces considérations du camarade Voïnov à l'encontre des social-démocrates révolutionnaires allemands, ce serait extraire malhonnêtement de leur contexte certaines formulations. Le camarade Voïnov a suffisamment prouvé tout au long de sa brochure qu'il se tenait aux côtés des marxistes révolutionnaires allemands (comme Kautsky), qu'il travaillait avec eux à éliminer les vieux préjugés, les clichés opportunistes et la fatuité à courte vue. Voici la raison pour laquelle j'étais solidaire pour l'essentiel du camarade Voïnov à Stuttgart et que je le suis encore pour ce qui est de l'ensemble du caractère de sa critique révolutionnaire. Il a mille fois raison de dire que maintenant il nous faut non seulement prendre des leçons auprès des Allemands, mais aussi tirer leçon de leurs erreurs. Seuls des gens ignares, qui n'ont encore rien appris des Allemands et qui pour cette raison ne connaissent pas l'a b c, peuvent en conclure à des « dissensions » entre social-démocrates révolutionnaires. Nous devons critiquer ouvertement et sans crainte les erreurs des dirigeants allemands, si nous voulons demeurer fidèles à l'esprit de Marx et aider les socialistes russes à être à la hauteur des tâches actuelles du mouvement ouvrier. De toute évidence, Bebel a commis également une erreur à Essen en prenant la défense de Noske, en prônant de faire la distinction entre les guerres défensives et offensives, en attaquant les moyens de lutte des « radicaux » contre Van Kol, en niant (avec Singer) l'échec et le caractère erroné de la tactique de la délégation allemande à Stuttgart. Ces erreurs, nous ne devons pas les cacher, mais partir de leur exemple pour montrer que les social-démocrates russes doivent apprendre à les éviter, qu'ils doivent satisfaire aux exigences les plus sévères du marxisme révolutionnaire. Quant aux anarchistes et syndicalistes russes, aux libéraux et aux socialistes-révolutionnaires, qu'ils ne se hasardent pas à se réjouir en voyant que nous critiquons Bebel. Nous dirons à ces messieurs : il arrive que les aigles descendent plus bas que les poules, mais jamais les poules ne montent aussi haut que les aigles !
Il y a un peu plus de deux années, M. Strouvé, qui défendait alors la révolution, parlait de la nécessité d'actions révolutionnaires ouvertes et affirmait que la révolution devait prendre le pouvoir. Ce M. Strouvé écrivait à l'étranger dans le n°71 d'Osvobojdénié [4] : « En comparaison du « révolutionnisme » de MM. Lénine et de ses camarades le révolutionnisme de la social-démocratie ouest-européenne, celui de Bebel et même de Kautsky est de l'opportunisme. » J'ai répondu alors à M. Strouvé : « Où et quand ai-je prétendu créer dans la social-démocratie internationale une tendance particulière, non identique à celle de Bebel et de Kautsky ? » (« Deux tactiques » , p. 50 de l'édition russe) [c].
En été 1907, j'ai eu à souligner dans une brochure consacrée au boycottage de la troisième Douma qu'identifier le bolchevisme avec le boycottisme ou avec le militantisme serait absolument une erreur.
À présent, à propos de la question des syndicats, il est nécessaire de rappeler de façon non moins catégorique que le bolchevisme s'en tient à la tactique de la social-démocratie révolutionnaire dans tous les domaines de la lutte, dans toutes les branches de son activité. La différence entre le bolchevisme et le menchevisme n'est pas dans le fait que le premier « nie » le travail dans les syndicats ou dans les coopératives, etc., mais dans le fait qu'il mène une autre politique dans le travail d'agitation, de propagande et d'organisation de la classe ouvrière. De nos jours, le travail dans les syndicats acquiert sans aucun doute une importance énorme. Face au neutralisme des mencheviks, nous devons accomplir ce travail dans l'esprit d'un rapprochement des syndicats et du parti, d'un développement de la conscience socialiste et d'une compréhension des tâches révolutionnaires du prolétariat. En Europe occidentale, le syndicalisme révolutionnaire est apparu dans de nombreux pays comme le résultat direct et inévitable de l'opportunisme, du réformisme, du crétinisme parlementaire [5]. Chez nous également, les premiers pas de « l'activité parlementaire » ont renforcé à l'extrême mesure l'opportunisme, et ont conduit les mencheviks à ramper devant les cadets. Plékhanov, par exemple, a rejoint en fait dans son travail politique quotidien MM. Prokopovitch, Kouskova et autres. En 1900, il fulminait contre eux à cause de leur bernsteinisme, parce qu'ils se bornaient à contempler le « postérieur » du prolétariat russe (Vademecum pour la rédaction du « Rabotchéié Diélo » , Genève 1900). En 1906-1907, les premiers bulletins de vote ont jeté Plékhanov dans les bras de ces messieurs qui contemplent aujourd'hui le « postérieur » du libéralisme russe. Le syndicalisme ne peut manquer de se développer en Russie en réaction contre cette conduite honteuse de social-démocrates « en vue » .
C'est donc avec juste raison que le camarade Voïnov adopte sa ligne et appelle les social-démocrates russes à tirer les leçons de l'opportunisme et du syndicalisme. Le travail révolutionnaire dans les syndicats ; le transfert du centre de gravité des tours d'adresses parlementaires vers l'éducation du prolétariat, vers le regroupement des organisations purement de classe, vers la lutte extra-parlementaire ; l'aptitude à utiliser (et à préparer les masses à la possibilité d'utiliser avec succès) la grève générale et les « formes de lutte de décembre » dans la révolution russe, tout ceci apparaît avec force comme la tâche de la tendance bolchevique. Or, l'expérience de la révolution russe nous facilite grandement cette tâche, elle nous fournit de riches indications pratiques, elle donne un matériel historique abondant permettant de juger concrètement de la valeur des nouveaux moyens de lutte, de la grève de masse et de l'utilisation de la violence directe. Ces moyens de lutte sont loin d'être « nouveaux » pour les bolcheviks russes, pour le prolétariat russe. Ils sont « nouveaux » pour les opportunistes qui s'efforcent à tout prix de déraciner de la mémoire des ouvriers d'Occident la Commune, des ouvriers de Russie, décembre 1905. Faire revivre ces souvenirs, assimiler de façon scientifique cette immense expérience [d], répandre dans les masses ses leçons et la conscience du retour inévitable de cette expérience à une nouvelle échelle, cette tâche des social-démocrates révolutionnaires en Russie nous ouvre des perspectives considérablement plus riches de contenu que l'« antiopportunisme » borné et l’« antiparlementarisme » des syndicalistes.
Contre le syndicalisme en tant que courant particulier, le camarade Voïnov a lancé quatre accusations (p. 19 et suivantes de sa brochure), qui mettent parfaitement en relief sa fausseté : 1.) « inconsistance anarchiste de l'organisation » ; 2) excitation des ouvriers au lieu de la création de la solide « forteresse d'une organisation de classe » ; 3) caractère individualiste petit-bourgeois de l'idéal et de la théorie proudhonienne ; 4) stupide « aversion de la politique » .
Il y a ici beaucoup de traits communs avec le vieil « économisme » des social-démocrates russes. C'est pourquoi je ne suis pas aussi optimiste que le camarade Voïnov quant à la « réconciliation » avec la social-démocratie révolutionnaire des économistes passés au syndicalisme. Je pense également que les projets du camarade Voïnov visant à faire jouer à un « conseil général ouvrier » le rôle de super-arbitre, avec participation des socialistes-révolutionnaires à ce conseil, sont absolument dénués d'esprit pratique. C'est confondre la « musique de l'avenir » avec les formes d'organisation du présent. Mais je ne redoute nullement les perspectives suivantes du camarade Voïnov : « subordonner les organisations politiques à une organisation sociale de classe » ... « seulement lorsque (je continue à citer le camarade Voïnov en soulignant les mots essentiels). ... tous les syndicalistes seront socialistes » . L'instinct de classe de la masse prolétarienne a déjà commencé à se manifester avec force en Russie. D'ores et déjà cet instinct de classe nous donne d'immenses garanties à la fois contre l'inconsistance petite-bourgeoise des socialistes-révolutionnaires et contre le servilisme des mencheviks à l'égard des cadets. D'ores et déjà nous pouvons dire hardiment que l'organisation ouvrière de masse en Russie (si elle se constitue et pour autant qu'elle existe, ne serait-ce qu'une minute, lors des élections, des grèves, des manifestations, etc.) sera à coup sûr plus près du bolchevisme, de la social-démocratie révolutionnaire que de tout autre chose.
Le camarade Voïnov qualifie avec juste raison l'aventure du « congrès ouvrier » d'entreprise « peu sérieuse » . Travaillons avec ardeur dans les syndicats, travaillons dans tous les domaines à répandre la théorie révolutionnaire du marxisme dans le prolétariat et à créer la « forteresse » d'une organisation de classe. Tout le reste viendra ensuite.
Note de l'auteur
| a | Vorwärts, 1907, n° 209, Beilage (En Avant, 1907, n° 209, Appendice. N.R.). Compte-rendu de Kautsky devant les ouvriers de Leipzig sur le congrès de Stuttgart. Voir dans le Calendrier pour tous de 1908, Ed. « Zerno » , p. 173, mon article sur le congrès socialiste international de Stuttgart (voir le présent tome, pp. 78-79. N.R.). |
| b | Voir le Calendrier pour tous de 1908, p. 173, et le recueil Zarnitsy (St-Pétersbourg 1907), où cet article de Die Gleichheit est traduit en totalité. |
| c | Voir Œuvres, Paris-Moscou, t. 9, p. 61. (N.R.) |
| d | Il est naturel que les cadets s'adonnent aujourd'hui avec amour à l'étude de l'histoire des deux Doumas. Il est naturel qu'ils voient une perle de la création dans les platitudes et les trahisons du libéralisme à la Roditchev et à la Koutlérov. Il est naturel qu'ils falsifient l'histoire en passant sous silence leurs pourparlers avec la réaction, etc. Mais il n'est pas naturel que les social-démocrates renoncent à étudier avec amour l'expérience d'octobre-décembre 1905, dont chacune des journées eut infiniment plus d'importance pour les destinées de tous les peuples de Russie et de la classe ouvrière en particulier, que les phrases « loyales » de Roditchev à la Douma. |
Note des éditeurs
En allemand dans le texte
En russe dans le texte
| 1 | Il s'agit du congrès de Mannheim du Parti social-démocrate d'Allemagne, congrès qui eut lieu entre le 23 et le 29 septembre 1906. Le principal problème à l'ordre du jour était celui de la grève politique de masse, reconnue par la social-démocratie allemande au congrès d’Iéna (1905) comme le moyen d'action politique le plus important. À propos de cette question fut également abordée celle des syndicats ; ces derniers, en effet, rejetaient l’idée de grève politique de masse qu'ils jugeaient anarchiste. Le congrès de Mannheim ne critiqua pas ouvertement la position opportuniste des syndicats, mais recommanda à tous les membres du parti de s'inscrire aux syndicats et à tous les syndicalistes de s'inscrire au parti social-démocrate, « afin que l'esprit de la social-démocratie imprégnât le mouvement syndical ». |
| 2 | « Die Neue Zeit » [Le Temps nouveau], revue théorique du Parti social-démocrate d'Allemagne ; publiée à Stuttgart entre 1883 et 1923, dirigée par K. Kautsky jusqu'en octobre 1917, puis par G. Cunow. Certaines œuvres de K. Marx et de F. Engels furent publiées pour la première fois dans Die Neue Zeit : Critique du Programme de Gotha de Marx, La critique du projet de programme social-democrate de 1891 d'Engels, etc. Engels aida constamment de ses conseils les rédacteurs de la revue et critiqua à maintes reprises les déviations du marxisme qu'on trouvait dans les colonnes de leur publication. Les plus grands noms du mouvement ouvrier allemand et international de la fin du XIX° et du début du XX° siècle collaborèrent à Die Neue Zeit : A. Bebel, W. Liebknecht, R. Luxembourg, F. Mehring, C. Zetkin, P. Lafargue, G. Plekhanov, etc. Après 1895, c'est-à-dire après la mort d' Engels, la revue se mit à publier systématiquement des textes révisionnistes, notamment la série d'articles d'E. Bernstein intitulée « Les problèmes du socialisme » , qui ouvrit la croisade des révisionnistes contre le marxisme. Durant la première guerre mondiale, la revue occupa une position centriste et soutint en pratique les social-chauvins. |
| 3 | Nozdrev, personnage des Âmes mortes de N. Gogol ; type du gros propriétaire foncier filou et querelleur. |
| 4 | « Osvobojdénié » [Émancipation], revue bimensuelle publiée à l’étranger entre le 18 juin (I° juillet) 1902 et le 5 (18) octobre 1905 sous la direction de P. Strouvé. Cette revue était l'organe de la bourgeoisie libérale russe ; elle propageait des idées d'un libéralisme modérément monarchiste. En 1903 se forma autour d'elle une « Union de l’Osvobojdénié » dont l'existence dura de janvier 1904 à octobre 1905. Avec les « zemtsy » (membres des zemstvos) constitutionnalistes, les « osvobojdentsy » constituèrent le noyau du parti constitutionnel-démocrate (cadet), créé en octobre 1905 ; ce parti était le parti le plus en pointe de la bourgeoisie libérale monarchiste de Russie. |
| 5 | Lénine emploie cette expression que l'on trouve chez Marx et Engels en parlant des opportunistes, lesquels considéraient le système parlementaire comme quelque chose de tout-puissant et l'action parlementaire comma l'unique forme de lutte politique valable. |